Le monde économique de demain Actualités Crise ou mutation économique ?

Vers une dégradation progressive des conditions économiques dans les pays de l’OCDE.

Au rythme actuel de croissance de la demande mondiale en pétrole au regard de celle des capacités de production, les professionnels du secteur considèrent que nous atteindrons une rupture d’approvisionnement à l’horizon 2020. Bien entendu des solutions techniques existent qui permettront d’ici là de répondre à la progression de la demande. Mais cela signifie que le prix du pétrole va très fortement augmenter à l’avenir. Selon des spécialistes de la prospective économique un doublement de sa valeur actuelle à l’horizon 2020 est tout à fait envisageable.

En plus du pétrole, le prix des matières premières  dont la production ou l’extraction est concentrée en quelques points du globe a repris sa course à la hausse et celle-ci sera très vraisemblablement durable.

Ces hausses résultent de la reprise économique des pays en développement qui a devancé celles des économies matures comme cela était prévu.  Dès lors avec une inflation importée et un PIB en quasi-stagnation l’Europe est  en situation de stagflation.

Si rien n’est fait, l’inflation qui avoisine d’ores et déjà 1,8%  pourrait bien atteindre 2,5 à 3 %  à fin 2011 alors que la croissance économique restera sans doute bien en deçà de 2%.

Les industriels se trouvent ainsi confrontés à un arbitrage difficile entre réduction de leurs marges et augmentation du prix de leurs produits alors que leur marché tend à stagner dans la zone OCDE.

Pour lutter contre cette évolution, la BCE a commencé à relever ses taux d’intérêt et par conséquent la valeur de l’Euro. Ceci aura pour effet d’absorber en partie et momentanément,  la hausse du prix des matières premières. Toutefois, les pays en développement très consommateurs de matières premières et déjà auparavant confrontés à une forte pression inflationniste, devraient en faire autant.

Ainsi vu d’Europe, le prix d’une majorité de produits manufacturés qui  proviennent de ces pays devrait en définitif rester stable malgré l’appréciation de l’Euro. En revanche avec le renchérissement de l’Euro, le prix des produits européens aura augmenté sur les marchés extérieurs et notamment ceux des pays en développements. De cette manière les exportations seront rendues plus difficiles.

En conclusion, les prix devraient connaître dans les mois à venir une hausse relativement modérée en contrepartie d’une augmentation des taux d’intérêt et d’un durcissement des conditions d’exportations des produits en dehors de la zone Euro.

Toutefois cette évolution masque momentanément un mouvement de fond qui devrait se révéler ultérieurement bien plus préoccupant.

En effet, la croissance soutenue de la demande intérieure des grands pays en développement et la pression spéculative continue exercée sur le prix des matières premières  par l’excès de liquidité devraient maintenir à la hausse le prix des matières premières ce qui fait que l’augmentation des taux d’intérêt n’aura qu’un effet très limité dans le temps. Ainsi l’augmentation continue du prix des matières premières devrait déboucher sur une hausse plus forte des prix à la consommation fin 2011 ou début 2012.



Conséquence : baisse du pouvoir d’achat des particuliers et des entreprises, fléchissement probable de l’investissement et risque accru de baisse de la consommation intérieure.

Pour le consommateur des pays de l’OCDE dont le pouvoir d’achat est grevé par un fort taux moyen d’endettement, la situation va devenir encore plus difficile.
Ainsi la fin 2011 et l’année 2012 on devrait voir, en toute logique,  monter et s’accumuler le mécontentement politique et la pression sociale en faveur d’une hausse des salaires. 

Avec la hausse du prix des matières premières et de l’énergie, nombre de PME qui, en France, se remettent à peine des conséquences de la crise de 2008 sur leur volume d’activité, vont voir maintenant, fondre leur marge unitaire. Pour elles et l’ensemble de leurs salariés l’horizon  s’annonce également sombre. 

Le risque devient alors important que cette situation débouche sur un fléchissement significatif de la consommation des ménages, de l’investissement, voire, de l’emploi. Ceci aurait un effet négatif immédiat sur la croissance économique d’un pays comme la France. Ainsi l’écart entre la hausse des matières premières et croissance du PIB augmenterait et l’économie s’engagerait dans une spirale néfaste.



Grandes entreprises, une gestion sur-prudentielle au détriment de l’investissement

Les grandes entreprises, elles  ont retrouvé le chemin de la richesse. Elles se sont depuis deux ans reconstituées un matelas impressionnant de liquidité. Elles ont cependant tiré les enseignements de la crise. Tout d’abord elles ont adopté une gestion sur-prudentielle de leur trésorerie en conservant sous la main un stock de liquidités qu’elles ne placent  qu’avec une grande parcimonie. Elles demeurent par ailleurs sous la pression d’un actionnariat exigeant quant au rendement à court terme des actifs détenus. C’est particulièrement vrai des fonds de pensions anglo-saxons qui doivent servir un revenu à un nombre croissant de retraités. Cette exigence de rendement à court terme, combiné à la gestion sur-prudentielle évoquée conduit les grandes entreprises occidentales à borner leur investissement productif à des opérations d’ampleur limitée et à brève échéance. A ceci, s’ajoute le fait que dans un marché occidental à croissance molle les investissements en capacité de production visent presque exclusivement les marchés exports des pays en développement. Or justement, les entreprises occidentales sont devenues aujourd’hui dans l’ensemble très modérées, voire réservées quant aux bénéfices qu’elles peuvent tirer de ces marchés. Elles sont donc en définitif dans une attitude fortement attentistes vis à vis de l’investissement. En d’autres termes le très confortable matelas de liquidités que se sont prudemment constitué les grandes entreprises est en grande partie le fruit des investissements qui n’ont pas été engagés.

Il est en revanche un autre enseignement que les grandes entreprises ont bien tiré de la crise. Désormais, elles ne comptent plus seulement sur les banques de leur pays pour financer leur fonctionnement, surtout en période de crise.  Elles s’appuient d’une part, beaucoup plus aujourd’hui,  sur les marchés obligataires, elles ont d’ailleurs, la plupart du temps, diversifié leur collecte dans plusieurs places financières du monde ; d’autre part elles vont chercher aujourd’hui systématiquement leurs appuis bancaires à l’échelle internationale et notamment auprès des institutions financières asiatiques.



Banques la récidive.

Il semble, en revanche, que les banques n’aient pas tiré réellement les enseignements de la crise financière passée. Peut être sous la pression actionnariale pour un rendement élevé à court terme, elles ont repris leur course spéculative sur les marchés financiers. Leurs activités de marché apparaissent, certes, bien plus risqués mais également bien plus profitables que leur activité de base de collecteur et de préteur. La spéculation a donc repris de plus belle et pas seulement sur les marchés financiers. Certaines banques se retrouvent par exemple parmi les plus gros propriétaires de stock de matières premières hautement spéculatives ou encore comme intermédiaires dans la vente et la distribution d’électricité.

La bulle spéculative qui est en train de monter et qui s’appuie cette fois sur les matières premières comme hier sur l’immobilier est une bulle comme les autres c'est-à-dire avec une fin prévisible à court terme. La différence c’est que cette fois il n’y aura sans doute pas les Etats pour sauver les banques en difficulté
: il leur faudra peut être choisir entre la banque de Chine ou la faillite !




Le terrain miné de la spéculation alimentaire.

L’autre volet de ce risque spéculatif concerne les matières premières agricoles. Une rupture d’approvisionnement signifierait un risque élevé de famine dans les pays pauvres ou en développement. Or, il y a deux sujets essentiels sur lesquelles la tolérance des consommateurs est très réduite et débouche vite sur des réactions violentes : la nourriture et l’énergie. Il est fort probable que des difficultés d’approvisionnement pousseraient les populations dans la rue et mettraient en danger les gouvernements en place comme cela a en partie été démontré avec les événements du Maghreb. Ainsi la situation économique actuelle nous conduit au risque d’une forte instabilité politique à l’échelle internationale.


Roland Couture - associé gérant de Dupont-partners
 

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