Analyse & point de vue

L’économie grecque, un trou noir dans la galaxie européenne ?



En astrophysique un trou noir est une singularité de l’univers provoquée par l’effondrement sans limite de l’espace-temps sur lui-même. Le trou noir avale toute la matière et la lumière qui l’environne.


La Grèce a rejoint la zone Euro en 2001. Si elle était restée en dehors, la faiblesse du Drachme vis-à-vis de l’Euro aurait donné aux produits grecs un avantage compétitif important. Le pays se serait peut être enrichit ainsi mais il en a décidé autrement.


Que s’est-il passé après ?  La mauvaise gestion de l'Etat n'est pas la seule cause de la faillite de la Grèce. Nous vivons dans un monde économique qui repose sur une équation simple : le chiffre d’affaires d’un produit est le résultat du prix unitaire multiplié par la quantité vendue. Plus vous voulez baisser le prix de vos produits pour les rendre compétitifs plus vous devez augmenter le volume des ventes pour maintenir ou augmenter votre chiffre d’affaires. La réussite repose sur la productivité des installations.  Avec la monnaie unique, les entreprises grecques se sont trouvées en concurrence frontale avec leurs grandes sœurs allemandes ou française. Ces dernières disposent d’un savoir-faire industriel et d’une puissance d’investissement auxquels les premières pouvaient difficilement résister. L’écart de monnaie protégeait jusque là les compagnies grecques de cette concurrence inégale.  Dès lors, la fragile économie productive du pays s’est réduite comme une peau de chagrin. L’Etat a dû alors faire face à l’augmentation des charges, résultant notamment du chômage, alors que ses recettes fiscales issues du secteur productif diminuaient.


En Grèce, seulement 65% de la population active occupe un emploi de type salarié contre 95% en Allemagne. Ce pays possède par ailleurs, une économie particulièrement atomisée. Sur à peine 5 millions d’actifs, on compte 900 000 sociétés de moins de 10 salariés. Il est donc ici plus difficile qu’ailleurs d’assurer la maitrise des recettes fiscales.


Avec la dégradation de son secteur productif le pays voit son économie s’affaiblir inexorablement avec pour conséquence un déficit public et un endettement croissants. La faiblesse de l’Etat et sa difficulté à lutter contre la fraude fiscale ont facilité ce naufrage.


Pourquoi alors, l’Irlande a redressé son économie et retrouvé de la croissance ? Ce pays a très justement refusé de toucher à la fiscalité de son secteur productif. C’est en effet une clé de son succès. L’Irlande attire des entreprises et des centres de production étrangers importants grâce à sa politique fiscale et à sa langue nationale véhicule d’échange le plus courant du monde des affaires. Elle est devenue ainsi un tremplin d’accès au marché européen. D’autres pays de petite taille comme la Finlande, les Pays Bas ou la Belgique tirent leur richesse de la robustesse de leur tissu économique et souvent de leur particularité au sein de l’UE. Ils sont proches aussi des grands bassins économiques du Nord de l’Europe auxquels ils sont reliés par des infrastructures de transports performantes. La Grèce ne dispose pas de tels atouts.


Dans l’économie d’aujourd’hui les volumes minimum de ventes à atteindre pour offrir des prix compétitifs correspondent à des marchés de taille continentale. Un pays dont le tissu productif n’est pas assez robuste pour s’imposer à l’échelle européenne a peu de chance de s’en sortir. Située à l’écart des grandes infrastructures d’échange, dotée d’un tissu productif réduit, atomisé et sans spécificité marquante, la Grèce n’est plus en mesure d’assurer l’équilibre de son budget national.


Que se passerait-il si le pays en venait à sortir de la monnaie unique ? Outre l’impact financier mondial, la faiblesse de sa nouvelle monnaie renchérirait terriblement le prix des matières premières importées et de l’énergie. L’appauvrissement de la population serait tel que, probablement, la démocratie n’y résisterait pas.


Les difficultés financières de la Grèce sont donc le résultat de la dégradation de son économie. Pour retrouver une compétitivité à l’échelle européenne, il faut reconstruire un tissu productif. Pour cela il faut développer des infrastructures d’échanges performantes notamment ferroviaires avec le reste de l’UE et homogénéiser les conditions fiscales et sociales de base dans toute la zone Euro. Seul un ensemble économique et politique intégré à l’échelle de l’Euroland est capable de réaliser cela.






Sortir durablement de la crise souveraine


Deux tiers des échanges commerciaux de l’Union Européenne s’effectuent entre les pays qui la composent.

En 2010, le déficit commercial de la France a atteint 51,1 milliards d’euros.  Au rythme actuel il  pourrait dépasser 70 milliards d’euros à la fin 2011. On peut se demander où va donc s’arrêter ce déficit. En effet, la hausse du prix des matières premières et de l’énergie qui est à l’origine de la dégradation du solde de notre commerce extérieur cette année, est une tendance de fond qui devrait perdurer et se renforcer à l’avenir.
Le déficit de la balance de nos échanges avec le reste du monde devrait nous faire perdre cette année, selon l’INSEE, 0,6 point de croissance de PIB. Celle-ci devrait se situer, selon la moyenne des prévisions, à 1,7% dans le meilleur des cas. Sans ce déficit, notre croissance économique ce serait donc élevée à 2,3 %. C’est au dessus du seuil où l’économie française se met à créer des emplois. Si notre économie s’enfonce dans les difficultés c’est en particulier parce qu’elle a perdu pied dans sa capacité à conquérir les marchés étrangers y compris les plus proches. Or, il se trouve qu’avec l’inflation la barre qu’il faut sauter à l’export pour compenser les importations s’élève de plus en plus.
L’Allemagne qui bénéficie de conditions salariales proches des nôtres et du même taux de change, se dispute avec la Chine le rang de premier exportateur mondial. Son excédent commercial a atteint en 2010 153,33 Milliards d’Euro soit 5,2% de son PIB.
Doit-on pour autant prendre l’économie Allemande pour modèle ?  Si on y regarde de plus près on s’aperçoit que notre voisin est en fait, un colosse aux pieds d’argile.
En effet, c’est principalement sur les marchés occidentaux que l’Allemagne réalise son excédent commercial. Selon l’Office Fédéral des Statistiques Allemand, 55% de celui-ci  provient de ses échanges avec le reste de la zone Euro et 80% avec l’ensemble de  l’Europe. Le reste de l’excédent provient des échanges commerciaux avec les autres pays de l’OCDE.  La France est de loin, le premier contributeur à l’excédent commercial allemand (+28,943 Md€ en faveur de l’Allemagne), devant le Royaume-Uni et les Etats-Unis (+20 Md€ chacun).Car l’Allemagne est, comme nous le sommes, structurellement déficitaire vis-à-vis des pays en développement.
Donc la performance à l’export de notre voisin d’outre Rhin  repose principalement sur le dynamisme de la consommation intérieure et de l’activité économique de ses partenaires européens.
En revanche, l’Allemagne possède une consommation intérieure atone. Si demain, à cause de difficultés économiques ou de politiques nationales trop restrictives la consommation chutait chez ses partenaires européens ou américains, le pays entrerait en récession.
Ainsi, il n’y a pas de bons et de mauvais sujets de l’Union Européenne, la performance des uns repose sur le dynamisme des autres dans cet espace économique où 2/3 des échanges commerciaux  s’effectuent entre les pays qui le composent.
Il faut cependant noter que la France et l’Allemagne représentent ensemble à eux seuls, 47% du PIB cumulé des 17 pays de la Zone Euro et 36% de celui de l’UE. La dynamique économique du couple franco-allemand est donc déterminante pour celle de l’Union Européenne.


L’Europe 1ère puissance du monde économique.

Tous les pays de l’UE se tiennent par la barbichette en manière d’économie.  Ils forment un ensemble qui constitue la 1ere zone économique mondiale avec 16 298 Milliard de dollars de PIB soit 25,85% du PIB mondial, devant les USA, 23,13%, la Chine, 9% et le Japon 8%.
Les 2/3 tiers de l’activité économique des pays qui composent l’Union Européenne sont absorbés par le marché intérieur de celle-ci.  L’Union Européenne est par ailleurs la 1er puissance marchande du monde : elle assure 14,7% des exportations mondiales et concentre 16,7 % des importations. Elle est le lieu où siègent les plus grandes multinationales. Ses entreprises couvrent l'intégralité du spectre économique (industrie, agro-alimentaire, services). L’espace économique européen concentre par ailleurs, 36% des investissements réalisés dans le  monde devant les USA, 18% et la Chine 3%.  Enfin notre espace économique commun a la chance d’avoir pour voisin les deux plus grands producteurs de matières premières au Monde : la Russie d’une part, l’Afrique d’autre part avec lesquels nous possédons des liens culturels et historiques forts.


Dès lors qu’on élargit le champ à l’échelle de l’Union Européenne, les difficultés économiques et les faiblesses nationales s’estompent.


Qu’en est-il de la dette souveraine de l’UE et des états qui la composent ?  Celle de la France est détenue à plus de 65% par des acteurs « non résidents » ce qui nous rend très dépendant des interprétations et des humeurs des marchés étrangers. Au Japon la dette publique qui atteint 200% du PIB, contre 81,7% pour la France, est essentiellement détenue par les épargnants japonais. Du coup le Japon est soumis à une pression beaucoup plus faible des instituts de notation et des marchés financiers. A regarder plus en détail on constate que la dette française comme la dette allemande est détenue  à 52%  par des acteurs non résidents appartenant à la zone Euro. C’est très différent de ce qui se passe aux USA dont une grande partie de la dette souveraine est détenue par la  Chine. C’est aussi très différent de la situation japonaise dans l’ampleur de la dette au regard du PIB. Ainsi, on note encore une fois que l’Union Européenne constitue un espace économique qui s’auto-équilibre en grande partie. 
L’endettement moyen des pays de la zone euro est élevé, de l’ordre de 85 % du PIB national, en revanche une grande partie de cette dette est détenue par des acteurs financiers qui appartiennent à la zone Euro ou à défaut à l’Union Européenne. C’est pour cela que la nervosité des marchés concernant le risque souverain en Europe s’étend aux  marchés actions des banques européennes. 
Enfin, l’Union Européenne dispose encore de marges de progression significatives pour optimiser son  fonctionnement et sa performance économique alors que, paradoxalement,  le continent américain est sans doute, lui, arrivé à maturité sur le plan de sa construction économique.
En revanche, avec la globalisation des échanges, le monde économique d’aujourd’hui est passé dans une logique de blocs continentaux. Ils s’appuient sur des bassins de consommation culturellement homogènes et  d’une taille  suffisante pour que les économies d’échelle qui en résultent, permettent d’offrir des produits et des services à des prix compétitifs. A l’échelle planétaire,  de petites économies  comme celle de la France ou de l’Allemagne ont peu de chance de conserver leur indépendance économique et financière.

Construire l’Europe pour en finir avec les crises souveraines.


Pris isolément chacun des pays de la zone Euro, déficitaire et fortement endetté, dès lors qu’il est confronté à la stagnation de son PIB, est pris dans un étau dont il ne peut sortir seul.
Une trop grande rigueur budgétaire risque de provoquer une chute de la consommation intérieure et une récession qui se propagera aux partenaires commerciaux. De proche en proche comme un château de cartes les pays membres de la zone euros s’effondreraient dans des difficultés économiques insurmontables à court terme.
Ne rien faire pour résorber la dette et le déficit des Etats reviendra à faire planer un doute sur la capacité de ces derniers à rembourser et sur le devenir des banques européennes créancières.
La seule solution possible consiste à faire en sorte que la zone Euro fasse bloc devant l’adversité et « lave son linge sale en famille ». La majorité des créanciers relève du même territoire que les débiteurs et les gesticulations bruyantes des  uns et des autres finissent par effrayer les acteurs extérieurs.  Dès lors, le risque est élevé du déclenchement d’une panique généralisée et d’une nouvelle crise financière mondiale. Cette fois aucun Etat ne sera en mesure de l’arrêter.
Nous disposons, à porté de main, avec l’Union Européenne d’un atout fort. C’est à ce niveau que se trouvent les solutions pour sortir durablement de la crise souveraine. Il nous faut, au plus vite, renforcer de l’intérieur la première puissance économique mondiale en consolidant à cette échelle nos besoins et nos ressources ; adopter des politiques et des moyens communs et bâtir dès maintenant une nation européenne à partir de la tour de Babel dont nous disposons.
C’est là que nous trouverons des marges de croissance. Il n’y pas d’autre issue ici que l’ouverture d’esprit et la solidarité.



Développer des services publics européens pour dégager des marges de croissance économique et alléger la charge des pays en difficulté

Les difficultés économiques que nous rencontrons viennent en partie du fait que la croissance économique est rarement homogène sur un territoire donné. Au contraire, elle a tendance à se concentrer en certains points en laissant d’autres parties du territoire en jachère. C’est ce qui se passe entre les pays de l’Union Européenne comme cela s’est passé au cours du siècle dernier entre les régions françaises.
Le déficit de compétitivité industrielle des entreprises des petits pays comme la Grèce vis-à-vis de leurs consœurs des riches régions d’Europe, n’est pas compensé par un écart entre les monnaies ou les salaires comme c’est le cas pour les pays en développement. Faute de rester concurrentiel ou de disposer d’atout particuliers au regard des investisseurs, le tissu économique des petits pays européens s’étiole. Les recettes des Etats diminuent alors que ceux-ci doivent faire face à l’appauvrissement du pays. Le déficit se creuse et ces pays s’enfoncent dans le surendettement.
Au siècle dernier,  en France, le développement des services publics a compensé l’écart de richesse qui se creusait entre les territoires. Le développement des emplois publics à travers tout le pays a permis celui de la consommation, du commerce, de l’artisanat et des services. L’Etat a ainsi démultiplié le nombre de consommateurs et par conséquent le volume de la demande, ce qui a eut effet d’amplifier la croissance économique partout.
Le développement de services publics européens  serait sans doute un booster pour la croissance économique européenne, cette fois par l’augmentation du pouvoir d’achat des plus démunis.
Il faut toutefois garder en tête que si les Etats des pays développés ont pu agir ainsi au cours du XXième siècle c’est parce que la croissance significative des économies permettait d’absorber sans difficulté le supplément de charge attachée au développement  des services publics.
Si l’on ne veut pas accroitre les difficultés  budgétaires actuelles et les étendre au niveau de toute l’Europe il faut plutôt s’orienter vers un transfert de charges et de compétences depuis les pays vers l’Union Européenne.  Cela peut avoir pour effet d’alléger le budget des Etats en difficulté et, si l’affaire est bien menée, de réduire leur déficit.
En utilisant le principe de subsidiarité on pourrait commencer par des services publics dont le transfert pose le moins de difficulté technique et politique.


Construire la cohérence d’ensemble des schémas logistiques qui traversent l’Europe de manière à réduire les pertes dues aux concurrences nationales.


Alors que les opérateurs privés s’organisent à l’échelle mondiale pour la déserte des marchés, les gouvernements nationaux conçoivent et réalisent encore leurs infrastructures logistiques dans une optique essentiellement nationale. Résultat,  il coute souvent moins cher de faire venir un produit de l’autre bout du monde jusqu’à un point d’entrée en Europe que de le faire circuler à l’intérieur du territoire de celle-ci.
Cette situation favorise les phénomènes de concentrations industrielles en certains points du territoire, souvent autour de bassins de consommation devenus depuis vieillissants alors que les zones de poussée démographique demeurent mal desservies. Or ce sont ces dernières, souvent les plus pauvres, qui ont les besoins de consommation les plus prégnants.
Dans un contexte de monnaie unique les territoires européens les plus démunis présentent peu d’attrait aux yeux des industriels en comparaison des pays en développement.  Le développement d’infrastructures logistiques performantes associé à des schémas cohérents à l’échelle européenne permettrait la revitalisation des zones économiquement les plus faibles avec pour effet la création d’emplois, de richesse et  le développement de la consommation. Il s’agirait par exemple de créer un ou plusieurs hubs maritimes dans le sud de l’Europe concurrent à celui de Tanger. Ils seraient associés à un drainage ferroviaire et fluvial performant du fret sur tout ou partie de l’Europe.



Construire l’Europe sociale et fiscale à travers le statut d’entreprise européenne.

La mise au point d’un tel statut bénéficiant d’un régime fiscal et social particulier et applicable, pour commencer aux entreprises qui le souhaitent permettrait d’avancer, à pas comptés, vers une Europe fiscale et sociale. Ce serait sans doute une simplification administrative et une source d’économie pour les entreprises. Ce serait aussi un moyen de réduire les dissensions internes qui pèsent sur la compétitivité  des groupes européens. A terme, une harmonisation au moins de quelques fondamentaux en matière de règle fiscales et sociales serait certainement un booster pour la performance des entreprises et l’économie européennes.


Mettre en place d’une TVA sociale à l’échelle européenne.


Le fonctionnement actuel de notre modèle social national revient à faire supporter aux consommateurs  les charges sociales des salariés français à l’origine du produit.  En effet l’entreprise répercute naturellement les charges sociales dans son prix de revient.  Le surcoût est très significatif. Ceci défavorise les produits et services français au regard de ceux venant d’autres pays. Avec le vieillissement de la population il est fort probable que cet écart de compétitivité va s’amplifier.  Le montant des dépenses pour l'ensemble des régimes obligatoires de base a été, par exemple en 2007 en France, de 402,3 milliards soit plus de 2 fois les recettes de TVA qui se sont établies à 175 milliards d'euros. Si l’on faisait financer une couverture sociale minimale commune à l’ensemble des pays par une TVA européenne, ou de la zone Euro il ne serait pas nécessaire que son taux soit élevé, car alors tous les produits importés en Europe y contribueraient. Il appartiendrait alors à chaque pays de compléter cette couverture de  base selon son modèle social. En tout état de cause un tel dispositif allégerait la charge de fonctionnement du système social national. Par ailleurs, l’ensemble des produits et des services européens gagnerait en compétitivité hors des frontières de l’Union ou de la zone Euro. Puisqu’à l’export la TVA n’est pas due, la part concernée des charges sociales ne serait pas comptée. L’effet serait donc un ré équilibrage des charges entre productions exportés et celles importés. En d’autres termes, la part des charges sociales qui, en l’état actuel, est imputée aux produits et services exportés serait reportée sur les produits et services importés en Europe, donc en France.  Il est probable que cette augmentation de la TVA n’aurait que très peu d’effet à la hausse sur les prix à la consommation sur le marché intérieur si elle était compensée par une baisse des charges sociales courantes.


Des Euro-obligations pour une plus grande indépendance nationale vis-à-vis des marchés financiers.

La crise actuelle, pour ce qui concerne la zone Euro, est une crise essentiellement interne liée pour partie à l’insuffisance de croissance des pays de l’Euroland. Il n’y a sans doute, pas d’autre solution qu’une consolidation au niveau de la zone, sous une forme ou une autre, des dettes et des ressources des pays membres. Au fond, une partie des dettes des uns ont alimenté les ressources des autres et en cas de défaillance de quelques uns ce serait tout la zone  Euro qui pourrait voler en éclat. Nous sommes donc contraints à la solidarité.
Il y a deux types de solution pour résoudre à court terme la crise actuelle de la dette souveraine en Europe :
  • Le fédéralisme budgétaire, c'est-à-dire l’évolution vers une intégration des budgets à l’échelle européenne

  • Le fédéralisme assurantiel, c'est-à-dire la mise en place d’un dispositif d’aides temporaires conditionnées à des efforts de redressement et, éventuellement à des renégociations de la dette.
Au delà, la création d’euro-obligations par la zone Euro apporterait sans doute une sécurité pour l’avenir à travers les avantages suivants :
  • Dans la plupart des cas les taux dont bénéficierait la communauté seraient plus intéressants que ce que peut obtenir la plupart des pays de l’UE. Le taux étant représentatif du risque encouru, il appartiendrait ensuite à la BCE d’assurer la transformation financière au niveau le plus adéquat vers les pays emprunteur. Dans cette perspective il serait utile que l’Union Européenne dispose de son propre institut de notation souveraine.

  • Un tel dispositif permettrait de créer un tampon solide de régulation entre créanciers privés et les pays emprunteurs. Ces derniers seraient dès lors moins soumis aux humeurs et aux interprétations des marchés.

  • En tout état de cause pour que la solidarité européenne fonctionne bien il est nécessaire de définir et mettre en place des garde-fous pour éviter les dérives comme, par exemple, le financement par de la dette, autrement qu’à titre exceptionnel, de charges de fonctionnement des Etats et des collectivités. Il faudrait aussi sans doute que les transferts de crédits privilégient les investissements débouchant à court ou moyen terme sur une croissance du PIB national. Si l’on emprunte alors que notre revenu croît durablement cela ne pose pas de problème. Si en revanche on le fait alors que notre revenu stagne, notre capacité sera plus limitée. Si l’on veut emprunter efficacement il faut donc faire en sorte que les investissements réalisés apportent plus de revenu.


Ces propositions ne sont que des exemples de pistes à approfondir pour sortir durablement de la crise souveraine. Elles ne résolvent pas pour autant le problème de fond qui est sous-jacent à l’ensemble des crises que nous traversons depuis la fin des années 80, celui de la croissance disparue dans les pays de l’OCDE.


Ce mal est structurel. Il ne peut pas être résolu par des mesures conjoncturelles de relance de la consommation ou de grands travaux. 

Les moyens injectés dans la consommation s’évaporent aujourd’hui pour une part significative d’entre eux dans des produits étrangers et les grands travaux creusent les déficits budgétaires. En l’état actuel, nous ne pouvons plus nous le permettre.
Pour relancer la croissance il faudra à court terme chercher dans les fonds de tiroir. Les pistes évoquées ici devraient permettre de donner un bol d’air à ce sujet pour quelques années. En complément et au delà il faut que l’Etat devienne stratège et change son angle de vue.
 
Dernière modification : 08/11/2011

1) Posté par Allard Francis le 2/8/2011 - 12h19 (répondre)


A lire absolument. Bravo



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